Le Département s'intéresse aux sociétés du passé et d’aujourd’hui par le biais de l’étude des traces et productions matérielles, qu’il s’agisse de vestiges archéologiques ou architecturaux, d’objets ou d’œuvres artistiques. L'ouverture et la diversité sont les lignes directrices du Département d'archéologie et sciences de l'art.
Les études d'archéologie et sciences de l'art ont pour objectif de former les futurs professionnels du patrimoine aux méthodes de la recherche et aux savoirs spécifiques à ces disciplines. La pratique de terrain au contact direct des sites, des objets et des œuvres, est au cœur de nos méthodes d’enseignement. A partir de l’observation et de la caractérisation des traces d’occupation ou des matières façonnées par l’homme, l’étudiant est amené à les interpréter sous l’angle de leurs contextes de production et d’usage, en interrogeant leur signification.
Les recherches menées au département portent sur des domaines artistiques et techniques divers, de la préhistoire au temps présent.
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Quand la photographie interroge les enjeux (géo)politiques, économiques et environnementaux du nucléaire
Quand la photographie interroge les enjeux (géo)politiques, économiques et environnementaux du nucléaire
Entre risques de « globocide » et gestion millénaire des déchets, le nucléaire cristallise les angoisses de notre époque tout en restant largement invisible dans le débat public. Porté par une recherche FNRS menée par Danielle Leenaerts, chargée de cours au Département d’archéologie et sciences de l’art, un projet tripartite comprenant exposition, livre et journée d’étude interdisciplinaires, offre une plongée inédite dans la représentation du nucléaire par des artistes belges et internationaux.
Alors que la prolongation des centrales de Tihange et Doel suscite peu de réactions, le projet de recherche de Danielle Leenaerts, utilise l’art pour relancer la discussion de façon inédite. Ce projet a en effet la particularité de décliner la représentation du nucléaire civil et militaire en différents médiums qui dialoguent entre eux, à savoir : une exposition photo au Delta, un livre et une journée d’étude. Son travail confronte les regards d’artistes aux positionnements variés et refuse la polarisation du débat. L’objectif est plutôt d’amener la société à regarder en face une réalité qu’elle s’efforce d’occulter. Une démarche qui prouve que la culture et la recherche sont des leviers essentiels pour appréhender les défis géopolitiques et environnementaux actuels. Rencontre.
Comment est né ce projet de recherche sur la représentation du nucléaire par les artistes photographes ?
Il s’inscrit en parallèle à l’enseignement de l’histoire de l’art contemporain. Dans ce cadre, j’ai obtenu un crédit de recherche FNRS – PDR qui a donné une assise plus large au projet. J’ai donc pu le penser de manière tripartite avec une exposition, un livre et une journée d’étude.
Je m’intéresse au nucléaire, car cette thématique cristallise l’essentiel des problématiques politiques, géopolitiques et humaines des 75 dernières années. D’une part, avec l’invention de la bombe atomique, en ce qui concerne le nucléaire militaire et, d’autre part, avec les usages exponentiels du nucléaire civil pour la production d’énergie. Selon le philosophe Günther Anders, nous sommes d’ailleurs passés à « l’âge atomique » avec le risque permanent de « globocide », c’est-à-dire la possibilité de détruire toute vie à la surface de la terre. Et nous sommes tout à fait conscients de cette réalité pour le nucléaire militaire. Mais l’être humain est aussi dans le déni des risques inhérents aux usages du nucléaire civil, comme l’a montré dernièrement la catastrophe de Fukushima. Il s’agit d’une vraie dissonance cognitive car nous connaissons les risques et la durée des retombées potentielles, mais nous ne réagissons pas. Pire, notre consommation énergétique explose, car le nucléaire civil est présenté comme la principale solution à la décarbonation. Une solution qui met de côté la question des risques et de la gestion des déchets nucléaires dont la durée de vie s’étend sur plusieurs siècles ou dizaines de millénaires. Ces questions, absolument essentielles, doivent être discutées par la société civile mais ne le sont pas. C’est aussi ce que je veux apporter avec ce projet de recherche : pouvoir débattre publiquement de la question du nucléaire, car nous sommes toutes et tous concernés et cela aura un impact sur notre avenir.
Pourquoi avoir choisi la photographie ? Selon vous, qu’apporte-t-elle que d’autres médiums ne permettent pas ?
La photo était déjà la matière de ma thèse, cette question m’occupe donc depuis longtemps. C’est mon domaine d’activité principal en termes d’enseignement et de recherche. En effet, la photographie a longtemps été la grande absente des corpus de recherche en histoire de l’art qui traitent surtout des beaux-arts au sens large. Pour moi, c’était aussi important d’introduire ce type de représentations dans le champ universitaire et en particulier de l’histoire de l’art contemporain. Chemin faisant, j’ai eu connaissance de toute une série de travaux autour du nucléaire et j’y ai vu une tentative de visibilisation de ses enjeux. Les œuvres de ces artistes permettent de s’emparer de questions qui ne sont pas abordées dans le champ médiatique ou le sont de manière simplifiée, voire polarisante.
J’ai aussi voulu éviter tout ce qui relève de la fiction quant à la question nucléaire. La photographie a une valeur d’attestation documentaire mais, en même temps, elle propose une représentation qui tient un discours sur le monde, à travers un véhicule esthétique qui invite à s’arrêter et à réfléchir. La photographie est un art qui permet d’associer des images à des concepts et d’humaniser la problématique du nucléaire.
Le nucléaire est au cœur de l’actualité, entre enjeux climatiques, vieillissement des infrastructures et tensions géopolitiques. Comment cette actualité nourrit-elle la réception des œuvres ?
Actuellement, le gouvernement a décidé de ne pas sortir du nucléaire et a prolongé la vie des centrales de Tihange et Doel. Je suis très étonnée du manque de réaction de la société civile sur ce point. La décarbonation est bien sûr nécessaire mais le nucléaire n’est pas l’unique solution. C’est d’ailleurs une solution qui présente de nombreux risques et qui est très polluante. On parle de déchets radioactifs qui le resteront pendant des milliers d’années. Ça nous projette dans des dimensions temporelles qui sont irreprésentables. C’est l’un des grands enjeux de la réception de l’exposition par le public. J’espère que celle-ci permettra d’identifier les problématiques et les risques, tant qu’il est encore temps de changer les choses. Je suis donc très curieuse de voir comment le public va réagir et suis très reconnaissante au Delta d’avoir accueilli le projet d’exposition. Le Delta et le Confluent des Savoirs ont d’ailleurs fait un travail de vulgarisation des informations afin de communiquer les connaissances que nous avons sur le nucléaire de façon plus efficace. Ces informations posent un cadre à l’exposition, mais l’interprétation des œuvres reste totale pour le public. Chacun est libre de les recevoir comme il le souhaite. J’espère en tout cas que cette exposition questionnera le public et permettra au débat de s’enclencher.
Comment avez-vous sélectionné les dix artistes belges et internationaux sur lesquels est basé votre travail ?
En partant de la réalité belge et d’une artiste, Cécile Massart, qui, depuis 30 ans, se consacre à cette question du nucléaire civil et à la gestion des déchets et plus particulièrement à la visibilisation des emplacements de stockage. Cécile Massart a créé des marqueurs des sites d’enfouissement. Son travail pionnier m’a sensibilisée à la question du nucléaire. J’ai aussi été confrontée aux travaux d’un jeune photographe qui s’est intéressé à Tihange pour son travail de fin d’étude. L’ancrage belge tombait donc sous le sens. Ensuite, c’est mon intérêt pour les accidents nucléaires qui m’a conduite vers d’autres photographes, comme Anaïs Tondeur. Enfin, je me suis intéressée au nucléaire militaire et d’autres photographes se sont imposés. Finalement, les dix photographes sélectionnés offrent une représentation diversifiée de la chaîne du nucléaire (déchets, traitement du matériel, démantèlement, occupation militante, etc.) et des enjeux civils et militaires.
L’exposition photo n’est pas le seul médium que vous utilisez pour présenter votre recherche. Vous sortez également un livre, nommé comme l’exposition, et organisez une journée d’étude. En quoi le livre complète-t-il ou prolonge-t-il l’expérience de l’exp
Le livre, (Faire) face au nucléaire, qui sortira fin mars, et l’exposition sont deux médiums indépendants. Le livre n’est pas un catalogue de l’exposition. On y retrouve la plupart des artistes mais pas nécessairement les œuvres qui y sont exposées. Le livre permet d’approfondir l’analyse et de contextualiser l’appréhension du nucléaire au regard des œuvres. Il s’intéresse également à l’esthétique des œuvres de façon plus poussée. Les données présentes dans le livre sont aussi plus chiffrées et précises que celles qui figurent dans l’exposition. Le livre trace les contours d’un travail de recherche approfondi. Mais je tiens à préciser que le thème du livre est l’histoire de l’art et non pas la physique. Il permet toutefois de saisir le contexte général, les grands éléments et enjeux du nucléaire.
L’ouvrage donne également à comprendre le positionnement des artistes face à la question du nucléaire. Certains sont anti-nucléaire, d’autres sont plus nuancés. Le livre présente donc tout un spectre de positionnement sur la question. J’espère qu’il va également permettre un débat public et de sortir des positions polarisées « pour » ou « contre » le nucléaire. Le livre a vocation à réinstaller des informations factuelles dans le débat, plutôt que des opinions, mais aussi à remettre au centre la question du vivant. Il tente de proposer des connaissances et de la nuance.
Après deux ans de recherche, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la manière dont l’art peut contribuer à la compréhension du nucléaire ?
Je suis plus convaincue que jamais que c’est un périmètre d’expression salutaire. Ces œuvres rendent concret ce qui est abstrait. La photographie est un véhicule artistique puissant qui a développé un intérêt pour ces questions. L’art autorise un espace de liberté inédit. Mais le périmètre de l’expression artistique est encore à défendre. Mon travail de recherche est aussi un enjeu de ce point de vue-là. Il montre que l’expression artistique est possible au moment où la culture subit des restrictions budgétaires.
Cette recherche ouvre-t-elle la voie à de nouveaux projets ?
Je ne sais pas encore. Mener ce projet à bien était un gros challenge. Je vais continuer à accompagner le projet, à le diffuser sous d’autres formes et d’autres échanges (cours-conférences, vidéos, etc.) afin de le faire vivre encore. Dans un avenir plus ou moins proche, je souhaite continuer à pouvoir avancer sur l’art actuel en Belgique francophone et continuer à m’intéresser à des questions sociétales.
(Faire) face au nucléaire : l'expo
Du 28 mars au 02 août 2026
Tarifs : 10 € > 5 €
L’exposition est accessible de 11h à 18h du mardi au vendredi et de 10h à 18h les samedis et dimanches.
Tout public
Autour de l’exposition :
- Le 28.05 à 19h : Projection « R.A.S. Rien à signaler », documentaire d’Alain De Halleux
- Les + pour les groupes : découvrez les différentes formules qui vous permettent d’appréhender en profondeur cette exposition : visite guidée, visite-atelier créatif, visite-atelier philo, animations dans le cadre du « Printemps des sciences ».
(Faire) face au nucléaire : le livre
Sortie fin mars
Éditions La Lettre Volée
25€
(Faire) face au nucléaire : la journée d'étude
Vendredi 27 mars de 9h30 à 17h30
Au B&LC (rue Godefroid 5 à Namur)
La matinée sera consacrée au nucléaire à travers le prisme des sciences exactes et des sciences humaines. L’après-midi sera consacrée aux interventions d’artistes.
Le Département de physique reçoit une délégation du CERN
Le Département de physique reçoit une délégation du CERN
En mai 2025, le Département de physique recevait des visiteurs particuliers : deux namurois, Serge Mathot et François Briard, alumni de l’UNamur et membres du CERN. Plusieurs activités étaient au programme, allant de la visite de l’accélérateur à particules, en passant par la vulgarisation scientifique et les séminaires thématiques notamment en sciences du patrimoine. Objectif ? Identifier les domaines ou activités dans lesquels l’UNamur et le CERN pourraient renforcer leur collaboration.
Sur la photo, de gauche à droite : (en haut) Pierre Louette, Directeur du Département de physique ; François Briard, Chef de groupe Portail de la science (CERN) ; Julien Colaux, spécialiste IBA, chercheur en physique ; Boris Hespeels, chercheur en biologie ; Alexandre Mayer, chercheur en physique ; Anne-Catherine Heuskin, chercheuse en physique et biophysique. (en bas) André Füzfa, astrophysicien et chercheur en mathématiques ; Serge Mathot, Referent Applied Physicist (CERN) et Michaël Lobet; chercheur en physique.
L’histoire d’amour entre le CERN et l’UNamur ne date pas d’hier. Le complexe d’accélérateurs et le programme expérimental du CERN sont très différents et bien plus grands que ceux du Département de physique de l’UNamur mais les domaines dans lesquels les deux institutions travaillent ont beaucoup de points communs.
De plus, les deux invités ont une histoire personnelle avec l’UNamur. Le Département de physique a eu le plaisir d’accueillir Serge Mathot, Referent Applied Physicist (CERN) et alumni du Département de physique de l’UNamur (1992) ainsi que François Briard, Chef de groupe Portail de la science (CERN), et alumni de la Faculté d’informatique de l’UNamur (1994).
Les activités ont débuté par une rencontre entre les invités, la Rectrice Annick Castiaux, la Vice-rectrice à la recherche Carine Michiels, le Directeur du Département de physique Pierre Louette et plusieurs autres membres du Département de physique et de biologie. Après une présentation générale de l’Université, les participants ont pointé les missions communes aux deux institutions : la recherche et le transfert de technologies et de connaissances, le service à la société, la vulgarisation scientifique ou encore l’éducation et la formation.
Focus sur les rencontres
Lunch de la physique – Présentation du CERN
Le lunch de la physique est la rencontre mensuelle entre les étudiants et membres du département de physique et un professionnel, alumni ou non, venant expliquer son parcours et ce qu’il fait au quotidien en tant que physicien.
Durant cette rencontre à laquelle participaient environ 80 personnes, François Briard et Serge Mathot ont présenté le CERN, le plus grand laboratoire pour la physique des particules du monde. La mission du CERN est de comprendre les particules les plus élémentaires et les lois de notre univers.
A l’issue de ce séminaire, les étudiants sont ressortis avec des étoiles plein les yeux. En effet, les possibilités de stages ou même de premier emploi au CERN sont possibles pour les physiciens mais aussi dans de nombreux autres domaines.
Votre formation en physique à l’UNamur est votre meilleur sésame pour être engagé au CERN. C’est plus qu’un diplôme en physique des particules !
Certains programmes de stage au CERN répondent particulièrement bien aux demandes des jeunes étudiant-e-s belges.
La grande majorité des physiciens qui travaillent avec le CERN (plus de 13 000) sont en fait envoyés au CERN pour une période plus ou moins longue par leurs instituts de recherche nationaux qui les emploient. Le CERN offre une opportunité exceptionnelle de développer une expérience internationale avec d'excellentes conditions et dans un environnement unique au monde ! De quoi inspirer nos jeunes étudiants !
La visite de l’accélérateur de particules ALTAÏS et des équipements de la plateforme SIAM
Capable de générer des faisceaux d'ions constitués de n’importe quel élément stable avec des énergies allant jusqu'à 16 Mega electron-Volt (MeV), l’accélérateur de particules ALTAÏS est utilisé dans divers domaines de recherche fondamentale ou recherche appliquée, notamment au travers de partenariats industriels. Le plus gros accélérateur linéaire actuel du CERN permet de produire des faisceaux de particules allant jusqu’à 160 MeV.
Rencontre avec les membres du projet ARC PHOENIX complété par un séminaire en sciences du patrimoine donné par Serge Mathot.
Le projet d'Action Recherche Concertée (ARC) PHOENIX vise à renouveler notre compréhension des parchemins médiévaux et des pièces de monnaie antiques. L'intelligence artificielle sera exploitée pour analyser les données générées par la caractérisation des matériaux.
Cette étude conjointe entre le Département de physique et le Namur Institute of Structured Matter (NISM) et le Département d’histoire et l'Institut Patrimoines, Transmissions, Héritages (PaTHs) permettra d'aborder les questions relatives à la chaîne de production et à l'utilisation de ces objets et matériaux dans les sociétés passées.
En parallèle, Serge Mathot a présenté un séminaire en sciences du patrimoine auquel une cinquantaine de personnes ont participé. Il a notamment présenté sa recherche et le tout nouvel accélérateur ELISA: un accélérateur miniaturisé permettant de délivrer un faisceau de protons de 2 MeV utilisé pour réaliser de véritables mesures au Portail de la science.
Rencontre avec François Briard autour de la vulgarisation scientifique
Avoir l'opportunité d'échanger avec François Briard, Chef de groupe du Portail de la science du CERN est une chance rare. Comparer les activités de vulgarisation a permis d'ouvrir de nouvelles pistes, de découvrir et de partager les approches, d'évaluer ce qui fonctionne ou non, en fonction du public cible. Un enrichissement fort satisfaisant pour les membres présents du Confluent des Savoirs (CDS), le service de sensibilisation et de diffusion de la recherche de l’Université de Namur.
Le Portail de la science du CERN est un lieu où l'on peut partir à la découverte du CERN et de la science en vivant des expériences authentiques et innovantes : expositions multimédia immersives, ateliers pratiques en labo, spectacles scientifiques, événements mariant science et culture, ateliers de prototypages sur le thème de l'innovation, visites de sites du CERN, le tout accompagné par du personnel du CERN.
BD Physix - L'énergie
Les professeurs André Füzfa et Michaël Lobet ont pu présenter le projet de bande dessinée réalisée avec l’auteur Jean-Marc Dubois.
Le thème? L’énergie !
Quoi de plus normal que d’en parler avec François Briard, vulgarisateur en chef au CERN, qui est intéressé par ce projet de vulgarisation sur un support accessible aux personnes de 7 à 77 ans !
Rencontre sur la thématique de la biophysique
La professeure Anne-Catherine Heuskin et le docteur Boris Hespeels travaillent actuellement sur le projet BEBLOB, un projet Belspo avec le soutien de l’ESA, dans le cadre de l’alliance UNIVERSEH (European Space University for Earth and Humanity). Ils s’intéressent notamment à ses étonnantes capacités à résister à de fortes doses de radiation.
Anne-Catherine Heuskin travaille également en radiobiologie. Les particules sont utilisées pour irradier des cellules cancéreuses afin de détruire leur matériel génétique et les empêcher de proliférer : c’est la base de la radiothérapie et de la protonthérapie.
Rencontre avec la FaSEF en ce qui concerne les opportunités de formation des enseignants.
La rencontre a permis d’asseoir la volonté de la FaSEF et de l’UNamur de s’impliquer dans la coordination en Belgique francophone du « Belgian National Teacher Programme » que le CERN souhaite relancer dès 2026. Une réflexion a aussi été initiée concernant d’autres pistes en formation d’enseignants Telle qu’ une intervention prochaine du CERN à la « Salle des Pros », le lieu rassemblant la formation aux différents acteurs de la formation à l'enseignement à l’UNamur.
Une visite du TRAKK
Le TRAKK est le hub créatif namurois porté par 3 partenaires complémentaires sur le terrain : le BEP, le KIKK, et l'UNamur. Outre le lieu, François Briard a pu visiter le ProtoLab , qui fait le lien entre les idées et l'industrie en étant un pôle de recherche et développement décentralisé accessibles aux PME et porteurs de projet en proposant des accompagnements poussés dans le prototypage de produits ou de services.
Les invités du CERN
François Briard - Chef de groupe Portail de la science du CERN, alumni UNamur 1994
Ses spécialités :
- Les systèmes d’information, les applications administratives et les base de données (Oracle)
- La communication grand public
- La logistique d’accueil des visiteurs
- L’organisation d’évènements jusqu’à 80 000 participants.
Diplômé en droit et gestion des technologies de l’information (DGTIC) en 1994 après sa licence et maîtrise en informatique obtenue en 1993, François Briard travaille au CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire de Genève, le plus grand laboratoire en physique des particules au monde.
Durant son cursus scolaire, effectué 100% à l'UNamur, il a été vice-président de la Régionale namuroise et délégué des étudiants durant ses années de candidatures en sciences économiques et sociales, option informatique.
Grâce à la formation pluridisciplinaire dispensée à l’UNamur, il a pu saisir plusieurs occasions de réorienter sa carrière au sein du CERN où il a été ingénieur systèmes d’information à partir de 1994 puis, à partir de 2014, , a redirigé sa carrière vers la communication grand-public, jusqu’à devenir Chef de groupe du Portail de la science, qui est le centre de communication grand public du CERN.
Serge Mathot - Referent Applied Physicist au CERN, alumni UNamur 1992
Ses spécialités
- Ion Beam Analysis (IBA)
- Métallurgie, brasage sous vide
- Radio-Frequency Quadrupole (RFQ) linacs, sources d’ions
Serge Mathot obtient son doctorat en sciences appliquées à l’UNamur en 1992, après sa licence en sciences physique en obtenue en 1985.
Il effectue ensuite un post-doctorat au Joint Research Center (EU science hub) de Geel, qui a pour vocation de rassembler des compétences pluridisciplinaires pour développer de nouvelles méthodes de mesure et des outils tels que des matériaux de référence.
Il parfait son expertise en métallurgie physique avant d’être engagé au CERN en 1995 comme Referent Applied Physicist. Il a travaillé sur de nombreux projets de recherche (CLOUD, MACHINA, ELISA…) et a développé de nombreuses pièces pour la fabrication des accélérateurs du CERN.
Le CERN
Le CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, est l’un des plus grands et des plus prestigieux laboratoires scientifiques du monde. Il a pour vocation la physique fondamentale, la découverte des constituants et des lois de l’Univers. Il utilise des instruments scientifiques très complexes pour sonder les constituants ultimes de la matière : les particules fondamentales. En étudiant ce qui se passe lorsque ces particules entrent en collision, les physiciens appréhendent les lois de la Nature.
Les instruments qu’utilise le CERN sont des accélérateurs et des détecteurs de particules. Les accélérateurs portent des faisceaux de particules à des énergies élevées pour les faire entrer en collision avec d'autres faisceaux ou avec des cibles fixes. Les détecteurs, eux, observent et enregistrent le résultat de ces collisions.
Fondé en 1954, le CERN est situé de part et d’autre de la frontière franco-suisse, près de Genève. Il a été l’une des premières organisations à l'échelle européenne et compte aujourd’hui 25 États membres, dont la Belgique.
Les programmes d’études en physique à l'UNamur
De l’infiniment petit à l’infiniment grand, des particules élémentaires aux galaxies, vous avez soif de comprendre le pourquoi et le comment des phénomènes naturels que vous observez ? La physique répond à toutes vos questions.
Pédagogie de terrain - Les chantiers-écoles en archéologie
Pédagogie de terrain - Les chantiers-écoles en archéologie
Dans le cadre de leur formation en archéologie, les étudiants de l’Université de Namur vivent une immersion unique dans leur future profession grâce à des chantiers-écoles. Ce programme, développé par le Département d'archéologie et sciences de l'art, allie étroitement expérience de terrain et apprentissage académique.
Cet article est tiré de la rubrique "Tomorrow learn" du magazine Omalius de décembre 2024.
Cette initiative est portée par Fanny Martin, chargée de cours en archéologie nationale à l’UNamur. « Sortir des études d’archéologie sans avoir expérimenté la discipline n’a pas beaucoup de sens. Lors de mon arrivée, il n’existait pas encore de chantiers-écoles à l’Université de Namur. Il me paraissait essentiel de proposer un projet pour les étudiants, car l’archéologie de terrain est une discipline à part entière », explique-t-elle. Julian Richard, professeur d’archéologie grecque et romaine et directeur du département, ajoute : « À l’UNamur, notre atout est d’emmener les étudiants sur le terrain le plus possible. Dès le bachelier, ils sont amenés à être en contact avec l’objet, l’observer, le manipuler, le comprendre. C’est une pédagogie à laquelle nous tenons, et la mise en place de chantier-école en fait partie ».
Lors de ces chantiers, les étudiants, confrontés aux réalités du terrain, doivent appliquer leurs connaissances théoriques à des situations concrètes, développant non seulement leurs compétences techniques, mais aussi des capacités d’analyse et de résolution de problèmes. « En première et en deuxième année, les étudiants reçoivent un bagage méthodologique sur la fouille. Et puis, entre la deuxième et la troisième, ils partent sur le chantier-école durant deux semaines et mettent ces principes en pratique », complète Fanny Martin.
Ces stages offrent une expérience immersive. Bérénice Didier, étudiante en histoire de l’art et archéologie, a travaillé sur le site de Tintigny, une nécropole à tombelles de l’âge du Fer, en Gaume, pendant que d’autres se rendaient au château Féodal de Moha, en Province de Liège.
Ce stage m’a beaucoup apporté. L’équipe sur le chantier était adorable. Nous avons d’abord appris les bases de la fouille, puis, petit à petit, exploré toutes les étapes de la discipline, ce qui était passionnant », raconte-t-elle. Marion Drabbé, étudiante en troisième année de bachelier en archéologie, appuie les propos de Bérénice en ajoutant : « J'avais quelques appréhensions, car les chantiers-écoles sont comme un petit examen dans notre cursus. Mais finalement, l'expérience a été formidable. Nous étions entourés de professionnels adorables, et j'ai été encadrée par Fanny Thirion, archéologue au Musée des Celtes. C'était génial ! Ces chantiers permettent de voir concrètement ce qu'on étudie, et on se rend compte à quel point l'archéologie est un travail précis et minutieux. Il y a aussi la satisfaction de découvrir des objets inédits : nous avons trouvé une urne avec des résidus osseux et une épingle de fibule, ce qui est assez rare dans les fouilles. Nous étions ravis ! ».
L'expérience des chantiers-écoles n'est pas seulement professionnelle. Pour Bérénice Didier, c’était aussi un moment de partage et de cohésion : « Cela faisait un peu colonie de vacances. C’était vraiment très chouette et j’ai eu l’occasion de créer beaucoup de liens ». En dehors des heures de fouille, les étudiants partagent leur quotidien, ce qui favorise des liens forts et développe leur capacité à travailler en équipe.
Ces chantiers, qui constituent des projets de recherche à part entière, demandent une importante organisation et des soutiens variés. « Nous avons choisi de travailler dans la région de Tintigny, en Gaume. Le site est en danger de conservation et nous bénéficions d'un financement de l’Agence wallonne du Patrimoine ainsi que d’un partenariat avec le Musée des Celtes de Libramont et de la Commune de Tintigny pour mener à bien les opérations. Ce type de projet exige de nombreuses collaborations pour gérer la logistique et l’étude », explique Fanny Martin. De plus, les soutiens des partenaires et de l’UNamur permettent la gratuité des stages, pour ne priver aucun étudiant de cette opportunité.
Une double mission et une ouverture sur le monde professionnel
Ces projets remplissent une double mission sociétale : préserver et transmettre le patrimoine à la société. Dans cette optique, les étudiants accueillent des visiteurs sur le site pour partager leurs découvertes, leur permettant d’acquérir des compétences en médiation culturelle. Bérénice témoigne d’ailleurs : « Faire des visites guidées m’a vraiment plu, au point de me donner envie d’explorer ce domaine à l’avenir ». Marion complète : « Les visites étaient vraiment enrichissantes. On se rend compte que pouvoir exprimer son savoir naissant face à des personnes intéressées par ce qu'on leur dit, c'est aussi très glorifiant ». Cette dimension fait de ces stages bien plus que des simples fouilles : ils sont également des lieux de transmission où les étudiants valorisent leur travail auprès de la société.
Les chantiers constituent aussi une première expérience dans le monde professionnel. « Ils leur offrent un premier bagage pour le futur », note Julian Richard. Les étudiants peuvent également participer à des missions internationales, comme celles organisées par Julian Richard à Ostie, le port antique de Rome, avec l’UCLouvain. Ces fouilles à l'étranger apportent une perspective complémentaire et enrichissent leur formation par l’étude d’autres contextes, notamment bâtis, ainsi que d’autres périodes.
Grâce à cette approche, les étudiants en archéologie de l’UNamur développent une compréhension plus approfondie de leur domaine tout en construisant un réseau professionnel utile pour le futur. Le chantier-école devient une expérience marquante, préparant les étudiants aussi bien sur le plan académique que personnel, pour la suite de leur parcours.
Un nouveau nom pour le département !
Le Département a récemment pris le nom de Département d’archéologie et sciences de l’art. Selon Mathieu Piavaux, professeur à l’UNamur et ancien directeur du département ayant contribué au projet, « ce changement visait deux objectifs. Premièrement, mettre en évidence une approche très pratique de l’archéologie, fortement mise en avant dans notre démarche pédagogique et dans l’activité scientifique du département. Que ce soit dans les cours dédiés aux méthodes de l’archéologie, à la technologie des objets et de l’architecture, mais aussi dans les travaux pratiques des étudiants comme dans les cours donnés en partie in situ. Deuxièmement, privilégier une appellation d’origine germanique, "sciences de l’art" (Kunstwissenschaft), qui recouvre un domaine beaucoup plus vaste que l’histoire de l’art stricto sensu et apparaissait donc mieux adaptée à la diversité des approches de nos disciplines, qui comptent par exemple la muséologie ou encore la conservation du patrimoine. Cette nouvelle appellation révèle aussi la polyvalence du département, impliqué dans des masters de spécialisation liés à la gestion et à la conservation du patrimoine. Enfin, le fait de mettre "sciences" dans le nom, est aussi un clin d’œil à la Faculté des sciences, avec laquelle nous collaborons régulièrement compte tenu de l’interdisciplinarité inhérente à nos disciplines. Tout cela représente un beau travail d’équipe, une belle dynamique collective qui permet ce genre d’évolution. Se redéfinir ensemble et faire évoluer notre identité est toujours enthousiasmant. »
Cet article est tiré de la rubrique "Tomorrow learn" du magazine Omalius #35 (Décembre 2024).
Egypte : comprendre la rénovation du kiosque du temple d’Amon-Rê grâce à une recherche de l’UNamur
Egypte : comprendre la rénovation du kiosque du temple d’Amon-Rê grâce à une recherche de l’UNamur
Expert en égyptologie, le Professeur René Preys, membre de l’Institut Paths et du Département d’histoire de l’art et archéologie de l’UNamur, vient de publier un ouvrage qui examine les restaurations du kiosque de Taharqa une contribution essentielle de la période kouchite (746 655 av. J.-C.), du temple d’Amon-Rê à Karnak, en Egypte.
Intitulé "The Kiosk of Taharqa. The Ptolemaic Decoration," l’ouvrage est publié par l'Institut Français d'Archéologie Orientale. Cette publication est le résultat d'une collaboration entre le Centre franco-égyptien d'Étude des Temples de Karnak (CFEETK) et le professeur René Preys.
Dans ce projet, le CFEETK est responsable de la fouille, de la restauration et de l’étude du temple d’Amon à Karnak. De son côté, les recherches du Professeur René Preys, se focalisent sur les monuments de l'époque gréco-romaine situés sur l'axe principal du temple d'Amon, entre le premier pylône et le Sanctuaire de la Barque.
Un premier volume publié en 2021 se consacrait à la porte ptolémaïque du deuxième pylône. Le deuxième volume se penche sur les restaurations ptolémaïques du Kiosque de Taharqa situé sur le parvis du temple. L'ouvrage examine les ajouts réalisés durant l'époque gréco-romaine. « Taharqa (690-664 BCE) est l'un des rois nubiens à l'origine du monument, mais les évolutions ultérieures ont été le fait des Ptolémées, parmi lesquels figure Cléopâtre », précise le Professeur René Preys.
L'ouvrage repose sur la photogramétrie, une technique qui utilise une série de photos très précises superposées pour capturer tous les détails. Cette méthode photographique revêt une grande importance, car une fois dégagés, les monuments se dégradent rapidement en raison de l'exposition au soleil, au vent, au sable et à la pollution atmosphérique notamment. À partir de ces photos, l'auteur crée des dessins qui sont ensuite analysés et interprétés dans l'ouvrage.
Ce livre est le fruit du travail d'une équipe collaborative, comprenant notamment Martina Minas-Nerpel, Professeur d'Égyptologie à l'Université de Trier.
La publication de ces deux ouvrages a reçu le financement du Fonds Spécial de Recherche de l’UNamur. Dans ce cadre, des étudiants en égyptologie peuvent participer à un nouveau projet de recherche mené par le Professeur René Preys, à Dendera.
Par ailleurs, René Preys a reçu un Excellence Of Science (EOS) du FNRS pour le projet AGROS : Agriculture, diet and nutrition in Greco-Roman Egypt. Ce projet est mené au sein du pôle de recherche Acanthum du département d'Histoire de l'Art et d'Archéologie. Il se penche sur les régimes alimentaires en Égypte durant la période gréco-romaine en utilisant une collection unique de vestiges archéologiques de plantes et d'animaux conservée au Kelsey Museum of Archaeology (États-Unis). Le projet EOS rassemble un consortium de chercheurs de diverses institutions, avec René Preys comme promoteur principal du groupe de recherche de l'UNamur. Le projet se focalise principalement sur les données alimentaires provenant des temples et des tombes de l'Égypte gréco-romaine. Le financement du FNRS permet de financer deux chercheurs post-doctorants sur une période de trois ans.
Quand la photographie interroge les enjeux (géo)politiques, économiques et environnementaux du nucléaire
Quand la photographie interroge les enjeux (géo)politiques, économiques et environnementaux du nucléaire
Entre risques de « globocide » et gestion millénaire des déchets, le nucléaire cristallise les angoisses de notre époque tout en restant largement invisible dans le débat public. Porté par une recherche FNRS menée par Danielle Leenaerts, chargée de cours au Département d’archéologie et sciences de l’art, un projet tripartite comprenant exposition, livre et journée d’étude interdisciplinaires, offre une plongée inédite dans la représentation du nucléaire par des artistes belges et internationaux.
Alors que la prolongation des centrales de Tihange et Doel suscite peu de réactions, le projet de recherche de Danielle Leenaerts, utilise l’art pour relancer la discussion de façon inédite. Ce projet a en effet la particularité de décliner la représentation du nucléaire civil et militaire en différents médiums qui dialoguent entre eux, à savoir : une exposition photo au Delta, un livre et une journée d’étude. Son travail confronte les regards d’artistes aux positionnements variés et refuse la polarisation du débat. L’objectif est plutôt d’amener la société à regarder en face une réalité qu’elle s’efforce d’occulter. Une démarche qui prouve que la culture et la recherche sont des leviers essentiels pour appréhender les défis géopolitiques et environnementaux actuels. Rencontre.
Comment est né ce projet de recherche sur la représentation du nucléaire par les artistes photographes ?
Il s’inscrit en parallèle à l’enseignement de l’histoire de l’art contemporain. Dans ce cadre, j’ai obtenu un crédit de recherche FNRS – PDR qui a donné une assise plus large au projet. J’ai donc pu le penser de manière tripartite avec une exposition, un livre et une journée d’étude.
Je m’intéresse au nucléaire, car cette thématique cristallise l’essentiel des problématiques politiques, géopolitiques et humaines des 75 dernières années. D’une part, avec l’invention de la bombe atomique, en ce qui concerne le nucléaire militaire et, d’autre part, avec les usages exponentiels du nucléaire civil pour la production d’énergie. Selon le philosophe Günther Anders, nous sommes d’ailleurs passés à « l’âge atomique » avec le risque permanent de « globocide », c’est-à-dire la possibilité de détruire toute vie à la surface de la terre. Et nous sommes tout à fait conscients de cette réalité pour le nucléaire militaire. Mais l’être humain est aussi dans le déni des risques inhérents aux usages du nucléaire civil, comme l’a montré dernièrement la catastrophe de Fukushima. Il s’agit d’une vraie dissonance cognitive car nous connaissons les risques et la durée des retombées potentielles, mais nous ne réagissons pas. Pire, notre consommation énergétique explose, car le nucléaire civil est présenté comme la principale solution à la décarbonation. Une solution qui met de côté la question des risques et de la gestion des déchets nucléaires dont la durée de vie s’étend sur plusieurs siècles ou dizaines de millénaires. Ces questions, absolument essentielles, doivent être discutées par la société civile mais ne le sont pas. C’est aussi ce que je veux apporter avec ce projet de recherche : pouvoir débattre publiquement de la question du nucléaire, car nous sommes toutes et tous concernés et cela aura un impact sur notre avenir.
Pourquoi avoir choisi la photographie ? Selon vous, qu’apporte-t-elle que d’autres médiums ne permettent pas ?
La photo était déjà la matière de ma thèse, cette question m’occupe donc depuis longtemps. C’est mon domaine d’activité principal en termes d’enseignement et de recherche. En effet, la photographie a longtemps été la grande absente des corpus de recherche en histoire de l’art qui traitent surtout des beaux-arts au sens large. Pour moi, c’était aussi important d’introduire ce type de représentations dans le champ universitaire et en particulier de l’histoire de l’art contemporain. Chemin faisant, j’ai eu connaissance de toute une série de travaux autour du nucléaire et j’y ai vu une tentative de visibilisation de ses enjeux. Les œuvres de ces artistes permettent de s’emparer de questions qui ne sont pas abordées dans le champ médiatique ou le sont de manière simplifiée, voire polarisante.
J’ai aussi voulu éviter tout ce qui relève de la fiction quant à la question nucléaire. La photographie a une valeur d’attestation documentaire mais, en même temps, elle propose une représentation qui tient un discours sur le monde, à travers un véhicule esthétique qui invite à s’arrêter et à réfléchir. La photographie est un art qui permet d’associer des images à des concepts et d’humaniser la problématique du nucléaire.
Le nucléaire est au cœur de l’actualité, entre enjeux climatiques, vieillissement des infrastructures et tensions géopolitiques. Comment cette actualité nourrit-elle la réception des œuvres ?
Actuellement, le gouvernement a décidé de ne pas sortir du nucléaire et a prolongé la vie des centrales de Tihange et Doel. Je suis très étonnée du manque de réaction de la société civile sur ce point. La décarbonation est bien sûr nécessaire mais le nucléaire n’est pas l’unique solution. C’est d’ailleurs une solution qui présente de nombreux risques et qui est très polluante. On parle de déchets radioactifs qui le resteront pendant des milliers d’années. Ça nous projette dans des dimensions temporelles qui sont irreprésentables. C’est l’un des grands enjeux de la réception de l’exposition par le public. J’espère que celle-ci permettra d’identifier les problématiques et les risques, tant qu’il est encore temps de changer les choses. Je suis donc très curieuse de voir comment le public va réagir et suis très reconnaissante au Delta d’avoir accueilli le projet d’exposition. Le Delta et le Confluent des Savoirs ont d’ailleurs fait un travail de vulgarisation des informations afin de communiquer les connaissances que nous avons sur le nucléaire de façon plus efficace. Ces informations posent un cadre à l’exposition, mais l’interprétation des œuvres reste totale pour le public. Chacun est libre de les recevoir comme il le souhaite. J’espère en tout cas que cette exposition questionnera le public et permettra au débat de s’enclencher.
Comment avez-vous sélectionné les dix artistes belges et internationaux sur lesquels est basé votre travail ?
En partant de la réalité belge et d’une artiste, Cécile Massart, qui, depuis 30 ans, se consacre à cette question du nucléaire civil et à la gestion des déchets et plus particulièrement à la visibilisation des emplacements de stockage. Cécile Massart a créé des marqueurs des sites d’enfouissement. Son travail pionnier m’a sensibilisée à la question du nucléaire. J’ai aussi été confrontée aux travaux d’un jeune photographe qui s’est intéressé à Tihange pour son travail de fin d’étude. L’ancrage belge tombait donc sous le sens. Ensuite, c’est mon intérêt pour les accidents nucléaires qui m’a conduite vers d’autres photographes, comme Anaïs Tondeur. Enfin, je me suis intéressée au nucléaire militaire et d’autres photographes se sont imposés. Finalement, les dix photographes sélectionnés offrent une représentation diversifiée de la chaîne du nucléaire (déchets, traitement du matériel, démantèlement, occupation militante, etc.) et des enjeux civils et militaires.
L’exposition photo n’est pas le seul médium que vous utilisez pour présenter votre recherche. Vous sortez également un livre, nommé comme l’exposition, et organisez une journée d’étude. En quoi le livre complète-t-il ou prolonge-t-il l’expérience de l’exp
Le livre, (Faire) face au nucléaire, qui sortira fin mars, et l’exposition sont deux médiums indépendants. Le livre n’est pas un catalogue de l’exposition. On y retrouve la plupart des artistes mais pas nécessairement les œuvres qui y sont exposées. Le livre permet d’approfondir l’analyse et de contextualiser l’appréhension du nucléaire au regard des œuvres. Il s’intéresse également à l’esthétique des œuvres de façon plus poussée. Les données présentes dans le livre sont aussi plus chiffrées et précises que celles qui figurent dans l’exposition. Le livre trace les contours d’un travail de recherche approfondi. Mais je tiens à préciser que le thème du livre est l’histoire de l’art et non pas la physique. Il permet toutefois de saisir le contexte général, les grands éléments et enjeux du nucléaire.
L’ouvrage donne également à comprendre le positionnement des artistes face à la question du nucléaire. Certains sont anti-nucléaire, d’autres sont plus nuancés. Le livre présente donc tout un spectre de positionnement sur la question. J’espère qu’il va également permettre un débat public et de sortir des positions polarisées « pour » ou « contre » le nucléaire. Le livre a vocation à réinstaller des informations factuelles dans le débat, plutôt que des opinions, mais aussi à remettre au centre la question du vivant. Il tente de proposer des connaissances et de la nuance.
Après deux ans de recherche, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la manière dont l’art peut contribuer à la compréhension du nucléaire ?
Je suis plus convaincue que jamais que c’est un périmètre d’expression salutaire. Ces œuvres rendent concret ce qui est abstrait. La photographie est un véhicule artistique puissant qui a développé un intérêt pour ces questions. L’art autorise un espace de liberté inédit. Mais le périmètre de l’expression artistique est encore à défendre. Mon travail de recherche est aussi un enjeu de ce point de vue-là. Il montre que l’expression artistique est possible au moment où la culture subit des restrictions budgétaires.
Cette recherche ouvre-t-elle la voie à de nouveaux projets ?
Je ne sais pas encore. Mener ce projet à bien était un gros challenge. Je vais continuer à accompagner le projet, à le diffuser sous d’autres formes et d’autres échanges (cours-conférences, vidéos, etc.) afin de le faire vivre encore. Dans un avenir plus ou moins proche, je souhaite continuer à pouvoir avancer sur l’art actuel en Belgique francophone et continuer à m’intéresser à des questions sociétales.
(Faire) face au nucléaire : l'expo
Du 28 mars au 02 août 2026
Tarifs : 10 € > 5 €
L’exposition est accessible de 11h à 18h du mardi au vendredi et de 10h à 18h les samedis et dimanches.
Tout public
Autour de l’exposition :
- Le 28.05 à 19h : Projection « R.A.S. Rien à signaler », documentaire d’Alain De Halleux
- Les + pour les groupes : découvrez les différentes formules qui vous permettent d’appréhender en profondeur cette exposition : visite guidée, visite-atelier créatif, visite-atelier philo, animations dans le cadre du « Printemps des sciences ».
(Faire) face au nucléaire : le livre
Sortie fin mars
Éditions La Lettre Volée
25€
(Faire) face au nucléaire : la journée d'étude
Vendredi 27 mars de 9h30 à 17h30
Au B&LC (rue Godefroid 5 à Namur)
La matinée sera consacrée au nucléaire à travers le prisme des sciences exactes et des sciences humaines. L’après-midi sera consacrée aux interventions d’artistes.
Le Département de physique reçoit une délégation du CERN
Le Département de physique reçoit une délégation du CERN
En mai 2025, le Département de physique recevait des visiteurs particuliers : deux namurois, Serge Mathot et François Briard, alumni de l’UNamur et membres du CERN. Plusieurs activités étaient au programme, allant de la visite de l’accélérateur à particules, en passant par la vulgarisation scientifique et les séminaires thématiques notamment en sciences du patrimoine. Objectif ? Identifier les domaines ou activités dans lesquels l’UNamur et le CERN pourraient renforcer leur collaboration.
Sur la photo, de gauche à droite : (en haut) Pierre Louette, Directeur du Département de physique ; François Briard, Chef de groupe Portail de la science (CERN) ; Julien Colaux, spécialiste IBA, chercheur en physique ; Boris Hespeels, chercheur en biologie ; Alexandre Mayer, chercheur en physique ; Anne-Catherine Heuskin, chercheuse en physique et biophysique. (en bas) André Füzfa, astrophysicien et chercheur en mathématiques ; Serge Mathot, Referent Applied Physicist (CERN) et Michaël Lobet; chercheur en physique.
L’histoire d’amour entre le CERN et l’UNamur ne date pas d’hier. Le complexe d’accélérateurs et le programme expérimental du CERN sont très différents et bien plus grands que ceux du Département de physique de l’UNamur mais les domaines dans lesquels les deux institutions travaillent ont beaucoup de points communs.
De plus, les deux invités ont une histoire personnelle avec l’UNamur. Le Département de physique a eu le plaisir d’accueillir Serge Mathot, Referent Applied Physicist (CERN) et alumni du Département de physique de l’UNamur (1992) ainsi que François Briard, Chef de groupe Portail de la science (CERN), et alumni de la Faculté d’informatique de l’UNamur (1994).
Les activités ont débuté par une rencontre entre les invités, la Rectrice Annick Castiaux, la Vice-rectrice à la recherche Carine Michiels, le Directeur du Département de physique Pierre Louette et plusieurs autres membres du Département de physique et de biologie. Après une présentation générale de l’Université, les participants ont pointé les missions communes aux deux institutions : la recherche et le transfert de technologies et de connaissances, le service à la société, la vulgarisation scientifique ou encore l’éducation et la formation.
Focus sur les rencontres
Lunch de la physique – Présentation du CERN
Le lunch de la physique est la rencontre mensuelle entre les étudiants et membres du département de physique et un professionnel, alumni ou non, venant expliquer son parcours et ce qu’il fait au quotidien en tant que physicien.
Durant cette rencontre à laquelle participaient environ 80 personnes, François Briard et Serge Mathot ont présenté le CERN, le plus grand laboratoire pour la physique des particules du monde. La mission du CERN est de comprendre les particules les plus élémentaires et les lois de notre univers.
A l’issue de ce séminaire, les étudiants sont ressortis avec des étoiles plein les yeux. En effet, les possibilités de stages ou même de premier emploi au CERN sont possibles pour les physiciens mais aussi dans de nombreux autres domaines.
Votre formation en physique à l’UNamur est votre meilleur sésame pour être engagé au CERN. C’est plus qu’un diplôme en physique des particules !
Certains programmes de stage au CERN répondent particulièrement bien aux demandes des jeunes étudiant-e-s belges.
La grande majorité des physiciens qui travaillent avec le CERN (plus de 13 000) sont en fait envoyés au CERN pour une période plus ou moins longue par leurs instituts de recherche nationaux qui les emploient. Le CERN offre une opportunité exceptionnelle de développer une expérience internationale avec d'excellentes conditions et dans un environnement unique au monde ! De quoi inspirer nos jeunes étudiants !
La visite de l’accélérateur de particules ALTAÏS et des équipements de la plateforme SIAM
Capable de générer des faisceaux d'ions constitués de n’importe quel élément stable avec des énergies allant jusqu'à 16 Mega electron-Volt (MeV), l’accélérateur de particules ALTAÏS est utilisé dans divers domaines de recherche fondamentale ou recherche appliquée, notamment au travers de partenariats industriels. Le plus gros accélérateur linéaire actuel du CERN permet de produire des faisceaux de particules allant jusqu’à 160 MeV.
Rencontre avec les membres du projet ARC PHOENIX complété par un séminaire en sciences du patrimoine donné par Serge Mathot.
Le projet d'Action Recherche Concertée (ARC) PHOENIX vise à renouveler notre compréhension des parchemins médiévaux et des pièces de monnaie antiques. L'intelligence artificielle sera exploitée pour analyser les données générées par la caractérisation des matériaux.
Cette étude conjointe entre le Département de physique et le Namur Institute of Structured Matter (NISM) et le Département d’histoire et l'Institut Patrimoines, Transmissions, Héritages (PaTHs) permettra d'aborder les questions relatives à la chaîne de production et à l'utilisation de ces objets et matériaux dans les sociétés passées.
En parallèle, Serge Mathot a présenté un séminaire en sciences du patrimoine auquel une cinquantaine de personnes ont participé. Il a notamment présenté sa recherche et le tout nouvel accélérateur ELISA: un accélérateur miniaturisé permettant de délivrer un faisceau de protons de 2 MeV utilisé pour réaliser de véritables mesures au Portail de la science.
Rencontre avec François Briard autour de la vulgarisation scientifique
Avoir l'opportunité d'échanger avec François Briard, Chef de groupe du Portail de la science du CERN est une chance rare. Comparer les activités de vulgarisation a permis d'ouvrir de nouvelles pistes, de découvrir et de partager les approches, d'évaluer ce qui fonctionne ou non, en fonction du public cible. Un enrichissement fort satisfaisant pour les membres présents du Confluent des Savoirs (CDS), le service de sensibilisation et de diffusion de la recherche de l’Université de Namur.
Le Portail de la science du CERN est un lieu où l'on peut partir à la découverte du CERN et de la science en vivant des expériences authentiques et innovantes : expositions multimédia immersives, ateliers pratiques en labo, spectacles scientifiques, événements mariant science et culture, ateliers de prototypages sur le thème de l'innovation, visites de sites du CERN, le tout accompagné par du personnel du CERN.
BD Physix - L'énergie
Les professeurs André Füzfa et Michaël Lobet ont pu présenter le projet de bande dessinée réalisée avec l’auteur Jean-Marc Dubois.
Le thème? L’énergie !
Quoi de plus normal que d’en parler avec François Briard, vulgarisateur en chef au CERN, qui est intéressé par ce projet de vulgarisation sur un support accessible aux personnes de 7 à 77 ans !
Rencontre sur la thématique de la biophysique
La professeure Anne-Catherine Heuskin et le docteur Boris Hespeels travaillent actuellement sur le projet BEBLOB, un projet Belspo avec le soutien de l’ESA, dans le cadre de l’alliance UNIVERSEH (European Space University for Earth and Humanity). Ils s’intéressent notamment à ses étonnantes capacités à résister à de fortes doses de radiation.
Anne-Catherine Heuskin travaille également en radiobiologie. Les particules sont utilisées pour irradier des cellules cancéreuses afin de détruire leur matériel génétique et les empêcher de proliférer : c’est la base de la radiothérapie et de la protonthérapie.
Rencontre avec la FaSEF en ce qui concerne les opportunités de formation des enseignants.
La rencontre a permis d’asseoir la volonté de la FaSEF et de l’UNamur de s’impliquer dans la coordination en Belgique francophone du « Belgian National Teacher Programme » que le CERN souhaite relancer dès 2026. Une réflexion a aussi été initiée concernant d’autres pistes en formation d’enseignants Telle qu’ une intervention prochaine du CERN à la « Salle des Pros », le lieu rassemblant la formation aux différents acteurs de la formation à l'enseignement à l’UNamur.
Une visite du TRAKK
Le TRAKK est le hub créatif namurois porté par 3 partenaires complémentaires sur le terrain : le BEP, le KIKK, et l'UNamur. Outre le lieu, François Briard a pu visiter le ProtoLab , qui fait le lien entre les idées et l'industrie en étant un pôle de recherche et développement décentralisé accessibles aux PME et porteurs de projet en proposant des accompagnements poussés dans le prototypage de produits ou de services.
Les invités du CERN
François Briard - Chef de groupe Portail de la science du CERN, alumni UNamur 1994
Ses spécialités :
- Les systèmes d’information, les applications administratives et les base de données (Oracle)
- La communication grand public
- La logistique d’accueil des visiteurs
- L’organisation d’évènements jusqu’à 80 000 participants.
Diplômé en droit et gestion des technologies de l’information (DGTIC) en 1994 après sa licence et maîtrise en informatique obtenue en 1993, François Briard travaille au CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire de Genève, le plus grand laboratoire en physique des particules au monde.
Durant son cursus scolaire, effectué 100% à l'UNamur, il a été vice-président de la Régionale namuroise et délégué des étudiants durant ses années de candidatures en sciences économiques et sociales, option informatique.
Grâce à la formation pluridisciplinaire dispensée à l’UNamur, il a pu saisir plusieurs occasions de réorienter sa carrière au sein du CERN où il a été ingénieur systèmes d’information à partir de 1994 puis, à partir de 2014, , a redirigé sa carrière vers la communication grand-public, jusqu’à devenir Chef de groupe du Portail de la science, qui est le centre de communication grand public du CERN.
Serge Mathot - Referent Applied Physicist au CERN, alumni UNamur 1992
Ses spécialités
- Ion Beam Analysis (IBA)
- Métallurgie, brasage sous vide
- Radio-Frequency Quadrupole (RFQ) linacs, sources d’ions
Serge Mathot obtient son doctorat en sciences appliquées à l’UNamur en 1992, après sa licence en sciences physique en obtenue en 1985.
Il effectue ensuite un post-doctorat au Joint Research Center (EU science hub) de Geel, qui a pour vocation de rassembler des compétences pluridisciplinaires pour développer de nouvelles méthodes de mesure et des outils tels que des matériaux de référence.
Il parfait son expertise en métallurgie physique avant d’être engagé au CERN en 1995 comme Referent Applied Physicist. Il a travaillé sur de nombreux projets de recherche (CLOUD, MACHINA, ELISA…) et a développé de nombreuses pièces pour la fabrication des accélérateurs du CERN.
Le CERN
Le CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, est l’un des plus grands et des plus prestigieux laboratoires scientifiques du monde. Il a pour vocation la physique fondamentale, la découverte des constituants et des lois de l’Univers. Il utilise des instruments scientifiques très complexes pour sonder les constituants ultimes de la matière : les particules fondamentales. En étudiant ce qui se passe lorsque ces particules entrent en collision, les physiciens appréhendent les lois de la Nature.
Les instruments qu’utilise le CERN sont des accélérateurs et des détecteurs de particules. Les accélérateurs portent des faisceaux de particules à des énergies élevées pour les faire entrer en collision avec d'autres faisceaux ou avec des cibles fixes. Les détecteurs, eux, observent et enregistrent le résultat de ces collisions.
Fondé en 1954, le CERN est situé de part et d’autre de la frontière franco-suisse, près de Genève. Il a été l’une des premières organisations à l'échelle européenne et compte aujourd’hui 25 États membres, dont la Belgique.
Les programmes d’études en physique à l'UNamur
De l’infiniment petit à l’infiniment grand, des particules élémentaires aux galaxies, vous avez soif de comprendre le pourquoi et le comment des phénomènes naturels que vous observez ? La physique répond à toutes vos questions.
Pédagogie de terrain - Les chantiers-écoles en archéologie
Pédagogie de terrain - Les chantiers-écoles en archéologie
Dans le cadre de leur formation en archéologie, les étudiants de l’Université de Namur vivent une immersion unique dans leur future profession grâce à des chantiers-écoles. Ce programme, développé par le Département d'archéologie et sciences de l'art, allie étroitement expérience de terrain et apprentissage académique.
Cet article est tiré de la rubrique "Tomorrow learn" du magazine Omalius de décembre 2024.
Cette initiative est portée par Fanny Martin, chargée de cours en archéologie nationale à l’UNamur. « Sortir des études d’archéologie sans avoir expérimenté la discipline n’a pas beaucoup de sens. Lors de mon arrivée, il n’existait pas encore de chantiers-écoles à l’Université de Namur. Il me paraissait essentiel de proposer un projet pour les étudiants, car l’archéologie de terrain est une discipline à part entière », explique-t-elle. Julian Richard, professeur d’archéologie grecque et romaine et directeur du département, ajoute : « À l’UNamur, notre atout est d’emmener les étudiants sur le terrain le plus possible. Dès le bachelier, ils sont amenés à être en contact avec l’objet, l’observer, le manipuler, le comprendre. C’est une pédagogie à laquelle nous tenons, et la mise en place de chantier-école en fait partie ».
Lors de ces chantiers, les étudiants, confrontés aux réalités du terrain, doivent appliquer leurs connaissances théoriques à des situations concrètes, développant non seulement leurs compétences techniques, mais aussi des capacités d’analyse et de résolution de problèmes. « En première et en deuxième année, les étudiants reçoivent un bagage méthodologique sur la fouille. Et puis, entre la deuxième et la troisième, ils partent sur le chantier-école durant deux semaines et mettent ces principes en pratique », complète Fanny Martin.
Ces stages offrent une expérience immersive. Bérénice Didier, étudiante en histoire de l’art et archéologie, a travaillé sur le site de Tintigny, une nécropole à tombelles de l’âge du Fer, en Gaume, pendant que d’autres se rendaient au château Féodal de Moha, en Province de Liège.
Ce stage m’a beaucoup apporté. L’équipe sur le chantier était adorable. Nous avons d’abord appris les bases de la fouille, puis, petit à petit, exploré toutes les étapes de la discipline, ce qui était passionnant », raconte-t-elle. Marion Drabbé, étudiante en troisième année de bachelier en archéologie, appuie les propos de Bérénice en ajoutant : « J'avais quelques appréhensions, car les chantiers-écoles sont comme un petit examen dans notre cursus. Mais finalement, l'expérience a été formidable. Nous étions entourés de professionnels adorables, et j'ai été encadrée par Fanny Thirion, archéologue au Musée des Celtes. C'était génial ! Ces chantiers permettent de voir concrètement ce qu'on étudie, et on se rend compte à quel point l'archéologie est un travail précis et minutieux. Il y a aussi la satisfaction de découvrir des objets inédits : nous avons trouvé une urne avec des résidus osseux et une épingle de fibule, ce qui est assez rare dans les fouilles. Nous étions ravis ! ».
L'expérience des chantiers-écoles n'est pas seulement professionnelle. Pour Bérénice Didier, c’était aussi un moment de partage et de cohésion : « Cela faisait un peu colonie de vacances. C’était vraiment très chouette et j’ai eu l’occasion de créer beaucoup de liens ». En dehors des heures de fouille, les étudiants partagent leur quotidien, ce qui favorise des liens forts et développe leur capacité à travailler en équipe.
Ces chantiers, qui constituent des projets de recherche à part entière, demandent une importante organisation et des soutiens variés. « Nous avons choisi de travailler dans la région de Tintigny, en Gaume. Le site est en danger de conservation et nous bénéficions d'un financement de l’Agence wallonne du Patrimoine ainsi que d’un partenariat avec le Musée des Celtes de Libramont et de la Commune de Tintigny pour mener à bien les opérations. Ce type de projet exige de nombreuses collaborations pour gérer la logistique et l’étude », explique Fanny Martin. De plus, les soutiens des partenaires et de l’UNamur permettent la gratuité des stages, pour ne priver aucun étudiant de cette opportunité.
Une double mission et une ouverture sur le monde professionnel
Ces projets remplissent une double mission sociétale : préserver et transmettre le patrimoine à la société. Dans cette optique, les étudiants accueillent des visiteurs sur le site pour partager leurs découvertes, leur permettant d’acquérir des compétences en médiation culturelle. Bérénice témoigne d’ailleurs : « Faire des visites guidées m’a vraiment plu, au point de me donner envie d’explorer ce domaine à l’avenir ». Marion complète : « Les visites étaient vraiment enrichissantes. On se rend compte que pouvoir exprimer son savoir naissant face à des personnes intéressées par ce qu'on leur dit, c'est aussi très glorifiant ». Cette dimension fait de ces stages bien plus que des simples fouilles : ils sont également des lieux de transmission où les étudiants valorisent leur travail auprès de la société.
Les chantiers constituent aussi une première expérience dans le monde professionnel. « Ils leur offrent un premier bagage pour le futur », note Julian Richard. Les étudiants peuvent également participer à des missions internationales, comme celles organisées par Julian Richard à Ostie, le port antique de Rome, avec l’UCLouvain. Ces fouilles à l'étranger apportent une perspective complémentaire et enrichissent leur formation par l’étude d’autres contextes, notamment bâtis, ainsi que d’autres périodes.
Grâce à cette approche, les étudiants en archéologie de l’UNamur développent une compréhension plus approfondie de leur domaine tout en construisant un réseau professionnel utile pour le futur. Le chantier-école devient une expérience marquante, préparant les étudiants aussi bien sur le plan académique que personnel, pour la suite de leur parcours.
Un nouveau nom pour le département !
Le Département a récemment pris le nom de Département d’archéologie et sciences de l’art. Selon Mathieu Piavaux, professeur à l’UNamur et ancien directeur du département ayant contribué au projet, « ce changement visait deux objectifs. Premièrement, mettre en évidence une approche très pratique de l’archéologie, fortement mise en avant dans notre démarche pédagogique et dans l’activité scientifique du département. Que ce soit dans les cours dédiés aux méthodes de l’archéologie, à la technologie des objets et de l’architecture, mais aussi dans les travaux pratiques des étudiants comme dans les cours donnés en partie in situ. Deuxièmement, privilégier une appellation d’origine germanique, "sciences de l’art" (Kunstwissenschaft), qui recouvre un domaine beaucoup plus vaste que l’histoire de l’art stricto sensu et apparaissait donc mieux adaptée à la diversité des approches de nos disciplines, qui comptent par exemple la muséologie ou encore la conservation du patrimoine. Cette nouvelle appellation révèle aussi la polyvalence du département, impliqué dans des masters de spécialisation liés à la gestion et à la conservation du patrimoine. Enfin, le fait de mettre "sciences" dans le nom, est aussi un clin d’œil à la Faculté des sciences, avec laquelle nous collaborons régulièrement compte tenu de l’interdisciplinarité inhérente à nos disciplines. Tout cela représente un beau travail d’équipe, une belle dynamique collective qui permet ce genre d’évolution. Se redéfinir ensemble et faire évoluer notre identité est toujours enthousiasmant. »
Cet article est tiré de la rubrique "Tomorrow learn" du magazine Omalius #35 (Décembre 2024).
Egypte : comprendre la rénovation du kiosque du temple d’Amon-Rê grâce à une recherche de l’UNamur
Egypte : comprendre la rénovation du kiosque du temple d’Amon-Rê grâce à une recherche de l’UNamur
Expert en égyptologie, le Professeur René Preys, membre de l’Institut Paths et du Département d’histoire de l’art et archéologie de l’UNamur, vient de publier un ouvrage qui examine les restaurations du kiosque de Taharqa une contribution essentielle de la période kouchite (746 655 av. J.-C.), du temple d’Amon-Rê à Karnak, en Egypte.
Intitulé "The Kiosk of Taharqa. The Ptolemaic Decoration," l’ouvrage est publié par l'Institut Français d'Archéologie Orientale. Cette publication est le résultat d'une collaboration entre le Centre franco-égyptien d'Étude des Temples de Karnak (CFEETK) et le professeur René Preys.
Dans ce projet, le CFEETK est responsable de la fouille, de la restauration et de l’étude du temple d’Amon à Karnak. De son côté, les recherches du Professeur René Preys, se focalisent sur les monuments de l'époque gréco-romaine situés sur l'axe principal du temple d'Amon, entre le premier pylône et le Sanctuaire de la Barque.
Un premier volume publié en 2021 se consacrait à la porte ptolémaïque du deuxième pylône. Le deuxième volume se penche sur les restaurations ptolémaïques du Kiosque de Taharqa situé sur le parvis du temple. L'ouvrage examine les ajouts réalisés durant l'époque gréco-romaine. « Taharqa (690-664 BCE) est l'un des rois nubiens à l'origine du monument, mais les évolutions ultérieures ont été le fait des Ptolémées, parmi lesquels figure Cléopâtre », précise le Professeur René Preys.
L'ouvrage repose sur la photogramétrie, une technique qui utilise une série de photos très précises superposées pour capturer tous les détails. Cette méthode photographique revêt une grande importance, car une fois dégagés, les monuments se dégradent rapidement en raison de l'exposition au soleil, au vent, au sable et à la pollution atmosphérique notamment. À partir de ces photos, l'auteur crée des dessins qui sont ensuite analysés et interprétés dans l'ouvrage.
Ce livre est le fruit du travail d'une équipe collaborative, comprenant notamment Martina Minas-Nerpel, Professeur d'Égyptologie à l'Université de Trier.
La publication de ces deux ouvrages a reçu le financement du Fonds Spécial de Recherche de l’UNamur. Dans ce cadre, des étudiants en égyptologie peuvent participer à un nouveau projet de recherche mené par le Professeur René Preys, à Dendera.
Par ailleurs, René Preys a reçu un Excellence Of Science (EOS) du FNRS pour le projet AGROS : Agriculture, diet and nutrition in Greco-Roman Egypt. Ce projet est mené au sein du pôle de recherche Acanthum du département d'Histoire de l'Art et d'Archéologie. Il se penche sur les régimes alimentaires en Égypte durant la période gréco-romaine en utilisant une collection unique de vestiges archéologiques de plantes et d'animaux conservée au Kelsey Museum of Archaeology (États-Unis). Le projet EOS rassemble un consortium de chercheurs de diverses institutions, avec René Preys comme promoteur principal du groupe de recherche de l'UNamur. Le projet se focalise principalement sur les données alimentaires provenant des temples et des tombes de l'Égypte gréco-romaine. Le financement du FNRS permet de financer deux chercheurs post-doctorants sur une période de trois ans.